L’or et l’agriculture soutiennent la croissance, malgré la défiance et le manque d’investissements privés
En 2025, la croissance économique a considérablement rebondi, portée par la meilleure récolte agricole, après la sécheresse de 2024 liée à El Niño, ainsi que par les cours élevés de l’or (34 % des exportations en 2024). L’augmentation des transferts de fonds des expatriés et le ralentissement marqué de l’inflation, soutenu par la stabilisation du taux de change et une politique monétaire restrictive, ont stimulé également la consommation privée.
En 2026, cette dynamique devrait s’essouffler quelque peu, reflétant la confiance limitée dans le retour à la stabilité macroéconomique, l’accumulation continue d’arriérés domestiques et les besoins financiers persistants du secteur public, qui freinent l’investissement privé. Le financement extérieur restera contraint par la dette jugée insoutenable et le retrait de l’USAID en janvier 2025. Ces facteurs, conjugués aux pénuries d’électricité persistantes, limiteront le potentiel de croissance du Zimbabwe, maintenant l’économie bien en deçà de l’objectif ambitieux de 7 à 12 % de croissance annuelle fixé par les autorités pour atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur dans le cadre de sa stratégie « Vision 2030 ».
La croissance continuera néanmoins d’être soutenue par le secteur minier, porté par les cours favorables de l’or et la bonne performance des filières fer, acier, charbon et chrome, ainsi que par la reprise de la production de lithium et de platine. L’agriculture poursuivra également sa reprise, appuyée par la « Stratégie pour l’agriculture, les systèmes alimentaires et la transformation rurale II », qui vise à porter la production agricole à 15,8 milliards USD d’ici 2030, avec un objectif intermédiaire de 11,5 milliards USD en 2026 (contre 10,3 milliards en 2025), grâce à des investissements dans l’irrigation, la mécanisation et les intrants. Parallèlement, l’investissement public se concentrera sur plus de 20 projets d’infrastructures majeurs en 2026, notamment dans le secteur routier. La poursuite du ralentissement de l’inflation, soutenu par le maintien d’une politique monétaire restrictive (taux directeur à 35 % depuis septembre 2024), la baisse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, ainsi que les transferts des expatriés, continueront de soutenir la consommation privée. La banque centrale pourrait envisager une réduction des taux à partir de mi-2026, sous l’effet du recul de l’inflation. Toutefois, l’efficacité de la politique monétaire restera limitée par la faible confiance dans la monnaie locale (le ZiG, introduit en avril 2024) et la forte dollarisation de l’économie.
Les pressions budgétaires demeurent, alors que les réserves de change sont fragiles
En 2025, le déficit budgétaire devrait se creuser légèrement, malgré la hausse des recettes, portée par l’élargissement de l’assiette fiscale (intégration des PME), la réduction des exemptions de TVA et l’introduction de nouvelles taxes. Les dépenses progresseront également, sous l’effet d’une masse salariale (environ 56% des dépenses totales) et d’un service de la dette élevés. En 2026, le déficit budgétaire pourrait se réduire légèrement grâce à une augmentation des recettes, soutenue par une légère hausse du taux de TVA (de 15 % à 15,5 %). En raison de la forte opposition des mineurs, le gouvernement a abandonné sa proposition initiale d'introduire une redevance minière de 10 % pour les producteurs d'or lorsque le prix de l'once atteint ou dépasse 2 501 dollars américains. À la place, il a mis en place un système de redevances progressives, avec un taux de 10 % appliqué uniquement si le prix dépasse 5 000 dollars américains l'once. Les dépenses seront principalement consacrées à l’éducation, la santé, l’aide sociale (31,2% des dépenses totales) et les infrastructures. Malgré un déficit public faible, les pressions budgétaires demeureront fortes : les arriérés de paiement sont conséquents (51% de la dette ou 26% du PIB en 2024), l’inflation encore élevée continuera de peser sur les dépenses, et l’aide au développement ne devrait atteindre que 350 millions USD en 2026, contre un objectif de 500 millions en 2025. Faute d’alternatives, le financement reposera principalement sur des emprunts auprès des banques locales et de quelques partenaires étrangers (bilatéraux ou banques commerciales, majoritairement chinois), ce qui maintient le risque de monétisation du déficit public, malgré les engagements officiels à y renoncer. Néanmoins, le ratio d’endettement devrait reculer en 2025 et 2026, grâce à la stabilisation du taux de change et la forte croissance du PIB. La dette publique restera toutefois jugée insoutenable par le FMI.
Sur le plan extérieur, la balance courante devrait rester excédentaire en 2025, soutenue par la hausse des cours de l’or, le dynamisme du tourisme, les exportations de tabac et des fonds d’expatriés robustes. Cette tendance devrait se prolonger en 2026. Cependant, les projets d’infrastructures accroîtront les importations de biens d’équipement et de services, tandis que l’accès limité aux financements internationaux et le retrait de l’USAID pèseront sur les revenus secondaires. Les réserves de change, vulnérables aux chocs négatifs sur les prix des matières premières et à la faiblesse des flux d’aide, devraient couvrir moins d’un mois d’importations. Pour y remédier, le gouvernement a relevé en janvier 2025 le seuil de rétention des recettes d’exportation : les exportateurs zimbabwéens doivent désormais céder 30 % (contre 25 % auparavant) de leurs recettes en échange de monnaie locale. Toutefois, l’impact de cette mesure sera limité : certaines entreprises se recentrent sur le marché domestique pour contourner ce dispositif, tandis que l’orpaillage artisanal et à petite échelle (40% de la production) est exonéré, quand la contrebande n’intervient pas.
Dissensions au sein du parti au pouvoir sur fond d’isolement international
Porté au pouvoir en novembre 2017, après une période de « transition assistée par l’armée », qui avait forcé Robert Mugabe à la démission après plus de 30 ans à la tête du pays, le président Emmerson Mnangagwa est réélu en 2023 pour un second mandat. Début 2024, le parti présidentiel (ZANU-PF), aux commandes du pays depuis son indépendance en 1980, a remporté les élections législatives partielles face au parti d’opposition Citizens Coalition for Change de Nelson Chamisa, consolidant sa majorité absolue au Parlement.
L’instabilité politique persistera en 2026, dans le contexte de mécontentement populaire prononcé vis-à-vis du parti au pouvoir et d’une situation économique difficile (informalité élevée, pauvreté persistante, pénuries de devises, coupures d’électricité). La capacité du gouvernement à soutenir l’économie et créer des emplois demeure limitée par l’accès restreint au financement international. Des manifestations contre le gouvernement sont régulièrement organisées par les groupes d’opposition et la société civile, mais celles-ci sont systématiquement réprimées. À ces défis s’ajoutent les dissensions au sein du ZANU-PF, illustrées par les différends entre Emmerson Mnangagwa et son vice-président Constantino Chiwenga. Initialement pressenti comme successeur, Chiwenga a été écarté. Mnangagwa cherche désormais à prolonger son mandat jusqu’en 2030 (il aura alors 88 ans) en repoussant les élections prévues en 2028 et en supprimant la limite constitutionnelle de deux mandats. Son influence au sein du parti et sa « super majorité » pourraient lui permettre de réviser la Constitution. Bien que le risque d’un coup d’État militaire existe, Mnangagwa conserve un contrôle important grâce à la promotion de ses alliés à des postes clés et à une rotation régulière des ministres et hauts responsables sécuritaires, empêchant la formation de bases de pouvoir concurrentes.
Sur la scène internationale, le Zimbabwe reste assez isolé. Les relations avec l’Occident demeurent tendues. Bien que l’UE ait levé le gel des avoirs de l’entreprise publique Zimbabwe Defence Industries (ZDI), l’embargo sur les armes et équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression demeure en vigueur, reflétant des préoccupations persistantes quant aux violations des droits humains dans le pays. Malgré ce contexte, plusieurs entreprises européennes manifestent un intérêt croissant pour l’économie zimbabwéenne, comme en témoigne la tenue du premier EU-Zimbabwe Business Forum en mai 2025. Les États-Unis, pour leur part, maintiennent leurs sanctions à l’encontre de plusieurs hauts dirigeants, dont le président Mnangagwa. Compte tenu des arriérés, l’accès au financement international reste réduit. Dans ce contexte, la Chine demeure le partenaire économique et financier de référence, représentant la quasi-totalité des investissements étrangers, notamment dans le secteur minier, et une part importante des échanges commerciaux (2e fournisseur, 3e client). La Russie apporte un soutien sous forme de dons d’engrais et de céréales. L’Afrique du Sud accueille de nombreux migrants zimbabwéens et demeure un partenaire commercial majeur (1er fournisseur, 2e client).

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