Les tensions géopolitiques pèsent sur les perspectives de croissance
Dans un contexte de tensions régionales accrues liées au conflit en Iran, la croissance économique de la Jordanie devrait ralentir en 2026. L'intensification des risques géopolitiques devrait peser sur le moral des investisseurs, les flux touristiques (qui représentent 10 à 12 % du PIB) et l'activité commerciale. Le secteur du tourisme, qui constitue une source essentielle de devises étrangères, d'emplois et d'activité dans le secteur des services, devrait être sous pression, les tensions géopolitiques pesant sur la demande de voyages. Cela limiterait sa contribution à la croissance et accroîtrait la dépendance de la Jordanie vis-à-vis des financements extérieurs, à un moment où les déséquilibres budgétaires et extérieurs restent élevés.
L'inflation devrait rester relativement modérée en 2026, même si des risques à la hausse découlent des tensions géopolitiques régionales. Un conflit lié à l'Iran est susceptible de provoquer un choc du côté de l'offre, notamment par le biais d'une hausse des coûts de l'énergie, des transports et des denrées alimentaires. La hausse des cours mondiaux du pétrole devrait entraîner une augmentation des coûts nationaux des carburants, tandis que la hausse des frais de transport et les goulets d'étranglement logistiques pourraient se traduire par des hausses de prix plus généralisées. De plus, la forte dépendance de la Jordanie vis-à-vis des importations de denrées alimentaires et de produits agricoles la rend vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux des matières premières, notamment des céréales, des huiles végétales et des engrais. Une baisse des revenus réels, conjuguée à un taux de chômage élevé avoisinant les 21 % et à une politique monétaire plus restrictive que prévu (en phase avec celle de la Réserve fédérale américaine), pèserait sur la contribution de la consommation privée au PIB.
Les perspectives budgétaires et extérieures font l'objet de pressions croissantes
La situation budgétaire de la Jordanie devrait rester sous pression en raison d’un ralentissement de l’activité économique et d’une baisse du tourisme, qui auront un impact négatif sur le recouvrement des recettes. Parallèlement, les pressions sur les dépenses devraient persister. Une grande partie des dépenses est difficile à ajuster à court terme en raison des rigidités liées aux salaires du secteur public, au paiement des intérêts et aux transferts sociaux. Par ailleurs, la hausse des coûts énergétiques et la nécessité de maintenir les aides sociales risquent de freiner les efforts d’assainissement budgétaire, ce qui maintiendra les besoins d’emprunt à un niveau élevé et la dette publique sur une trajectoire ascendante. Le soutien continu des partenaires internationaux devrait apporter un certain amortisseur, mais les marges de manœuvre budgétaires restent limitées, ce qui accroît la vulnérabilité aux chocs extérieurs. Le programme du FMI est en bonne voie, avec un décaissement d’environ 200 millions de dollars en avril 2026.
Les pressions extérieures devraient s'intensifier en raison de la hausse des prix mondiaux de l'énergie, de la baisse des recettes touristiques et de la diminution des transferts de fonds. Ces facteurs devraient entraîner un creusement du déficit courant. Bien que les transferts de fonds restent une source essentielle de devises pour la Jordanie (environ 7 à 8 % du PIB), leur afflux devrait s'affaiblir en 2026 en raison du ralentissement de l'activité économique lié aux problèmes de sécurité. Dans le même temps, la dépendance structurelle du pays vis-à-vis des importations et sa capacité limitée à réduire la demande limiteront sa capacité d'ajustement. La perturbation des routes commerciales régionales, y compris les risques pesant sur le transport maritime en mer Rouge, pourrait avoir un impact supplémentaire sur les volumes d'échanges et accroître les coûts logistiques. Compte tenu de la dépendance de la Jordanie à l'égard d'Aqaba, son unique port maritime, toute perturbation des routes maritimes en mer Rouge affecterait considérablement les flux commerciaux, les coûts d'importation et les balances extérieures. En conséquence, les balances extérieures devraient se détériorer, renforçant ainsi la dépendance de la Jordanie à l'égard d'un financement soutenu pour maintenir la stabilité macroéconomique.
Intensification des tensions géopolitiques
Bien que le contexte politique intérieur de la Jordanie reste relativement stable, les tensions socio-économiques sous-jacentes continuent de présenter des risques. Un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes, associé à une faible croissance des revenus et à une hausse du coût de la vie, accroît le risque de troubles sociaux. La marge de manœuvre budgétaire limitée du gouvernement restreint sa capacité à protéger les ménages contre les chocs économiques. Cela rend les ajustements politiques, tels que les réformes des subventions (par exemple, la réduction de la charge budgétaire liée aux subventions énergétiques et alimentaires), politiquement sensibles, car ils augmenteraient directement le coût de la vie et risqueraient de déclencher le mécontentement de la population. De plus, des défis structurels, notamment les inefficacités de la gouvernance et la perception de la corruption, pourraient ralentir le rythme des réformes et miner la confiance des investisseurs. Bien que la stabilité institutionnelle soit susceptible de perdurer, ces facteurs indiquent un équilibre fragile qui pourrait être menacé par une nouvelle détérioration économique.
Le pays est fortement exposé aux développements géopolitiques régionaux en raison de sa situation stratégique. L'escalade des tensions liées au conflit en Iran fait peser des risques importants sur le tourisme, la confiance des investisseurs et le commerce, car elle accroît les risques sécuritaires et l'instabilité régionale. Bien qu'un soutien continu de la part des partenaires internationaux soit prévu, l'évolution des priorités géopolitiques pourrait avoir une incidence sur la portée et les conditions de l'aide extérieure, ajoutant une couche supplémentaire d'incertitude aux perspectives.

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