TIC

Asie-Pacifique
Risque moyen
Europe centrale et de l'est
Risque moyen
Amérique Latine
Risque élevé
Moyen-orient et Turquie
Risque moyen
Amérique du Nord
Risque moyen
Europe de l'Ouest
Risque moyen

Résumé

Points forts

  • Secteur innovant capable de créer de nouveaux relais de croissance (Internet des objets, big data, intelligence artificielle…).
  • Croissance de la demande soutenue et durable grâce à la numérisation des activités économiques et des modes de vie, en particulier dans les semiconducteurs, les centres de données, les services et logiciels informatiques, même si les pénuries de composants liées à l’IA pèsent désormais sur certains marchés de produits finaux comme les smartphones et les ordinateurs.
  • Biens et services en TIC souvent à forte valeur ajoutée et générant des marges élevées (segments des semiconducteurs, services et logiciels informatiques).
  • Marchés de produits souvent concentrés du fait de barrières à l’entrée élevées (recherche et développement, infrastructures de réseaux, usines…), en particulier dans les semiconducteurs et télécoms.

Points faibles

  • Environnement réglementaire de plus en plus contraignant au niveau national ou régional (protection des données, anti-trust…) du fait de l’importance économique et stratégique croissante du secteur.
  • Vulnérabilité croissante aux risques géopolitiques (conflits commerciaux, sanctions internationales, risque cyber).
  • Semi-conducteurs : activité particulièrement cyclique avec une récession tous les quatre à cinq ans en moyenne, le cycle haussier actuel lié à l’IA amplifiant à la fois les risques à la hausse et à la baisse du fait d’investissements exceptionnels
  • Télécommunications : niveaux d’endettement élevés et coûts du service de la dette en hausse.
  • Produits électroniques et télécoms : segments matures en proie à une forte concurrence sur les prix.
  • Résumé

Evaluation des risques sectoriels

La croissance des ventes du secteur devrait rester très inégale en 2026, l’essor de l’IA jouant à la fois le rôle de puissant moteur de croissance et de facteur de perturbation. Les investissements dans l’intelligence artificielle alimentent une croissance exceptionnelle dans le segment des semiconducteurs, dont les ventes devraient progresser de près de 90 % en 2026 pour atteindre environ 1 500 milliards d’USD, avant de poursuivre leur hausse à environ 1 900 milliards d’USD en 2027. Ils soutiennent également les ventes de serveurs, attendues en hausse de 13 % en 2026, ainsi que les dépenses en services et logiciels informatiques, qui devraient progresser de 5,3 %. À l’inverse, les pénuries liées à l’IA et la hausse des prix des puces mémoire pèsent sur les marchés de produits finaux, avec des ventes de smartphones et d’ordinateurs attendues en baisse de 14 % et 11 %, respectivement, tandis que les expéditions de téléviseurs devraient rester quasiment stables (-0,6 %). Les services télécoms demeurent relativement résilients mais matures, avec une croissance attendue de 4,4 %.

L’ampleur du cycle technologique actuel alimenté par l’IA suscite toutefois des inquiétudes, que cette technologie s’avère in fine un succès ou une déception. Le secteur mise massivement sur les infrastructures d’IA, des semiconducteurs et puces mémoire aux serveurs et centres de données, mais une grande partie de l’essor actuel demeure spéculative, les dépenses d’investissement dans les centres de données et les grands modèles de langage restant très supérieures aux profits avérés tirés des applications finales de l’IA. Si l’IA ne parvient pas à générer des cas d’usage suffisamment rentables, les investissements massifs réalisés dans l’ensemble de la chaîne de valeur IT pourraient se défaire rapidement et provoquer une récession profonde et durable du secteur. À l’inverse, si l’IA tient ses promesses et que la demande finale rentable pour les services alimentés par l’IA s’envole, les capacités de production pourraient rapidement être saturées, et des pénuries dans des goulets d’étranglement comme les puces mémoire et la fabrication avancée de semiconducteurs pourraient perturber de nombreux secteurs. Dans les deux scénarios, la volatilité et l’ampleur des investissements liés à l’IA rendent ce cycle particulièrement instable pour les chaînes d’approvisionnement mondiales et la stabilité économique.

Malgré une trêve apparente entre les États-Unis et la Chine dans leurs rivalités commerciales et technologiques, nous estimons que ces tensions demeurent structurelles et alimentent une fragmentation accrue des chaînes d’approvisionnement, des standards et des écosystèmes d’innovation. Les contrôles à l’exportation et les exigences de licences imposés par les États-Unis sont particulièrement importants dans les semiconducteurs et les puces mémoire, où ils retardent l’arrivée de capacités chinoises qui pourraient autrement contribuer à atténuer les pénuries mondiales, tout en augmentant les coûts et les risques de conformité pour les entreprises de l’ensemble de la chaîne de valeur des TIC.

Perspectives économiques du secteur

Matériel électronique : les infrastructures d’IA accélèrent tandis que les équipements grand public reculent

La plupart des segments du marché des équipements électroniques devraient se détériorer en 2026, les expéditions mondiales de smartphones et d’ordinateurs reculant respectivement de 14 % et 11 %, tandis que les expéditions de téléviseurs devraient rester globalement stables (-0,6 %). Les serveurs constituent la principale exception, avec des expéditions attendues en hausse de 13 %, reflet de la poursuite des investissements dans les infrastructures d’IA et les centres de données. Ce contraste illustre la nature de plus en plus duale du marché du matériel informatique : les infrastructures liées à l’IA continuent de croître rapidement, tandis que l’électronique grand public est pénalisée par les pénuries de mémoire, la hausse des coûts des composants et la répercussion différée de ces coûts sur les prix de détail.

En dépit de cette amélioration cyclique des ventes, la plupart des marchés de produits du segment sont désormais très matures, les ventes mondiales de téléviseurs, d’ordinateurs et de smartphones ayant atteint leur pic respectivement en 2011, 2013 et 2016. Les ventes sont principalement tirées par les achats de remplacement d’équipements existants, et dans une moindre mesure, par les premiers achats dans les économies émergentes. La faiblesse de la croissance des volumes s’est traduite par une concurrence féroce pour les parts de marché au cours de la dernière décennie, les challengers chinois ayant souvent évincé les anciens leaders japonais, européens et américains.

Pour échapper à la concurrence par les prix et pouvoir justifier de prix plus élevés, les entreprises continuent d’innover en lançant de nouveaux appareils plus performants, notamment en matière de connectivité, de résolution d’écran, de puissance de traitement et d’efficacité énergétique, en intégrant davantage de services complémentaires comme les abonnements à du contenu, ainsi qu’en améliorant les logiciels et les interfaces utilisateur. Les nouveaux appareils intégrant l’intelligence artificielle n’ont, jusqu’à présent, eu aucun impact significatif sur les cycles de remplacement du matériel, les consommateurs restant peu convaincus par les fonctionnalités supplémentaires offertes par cette technologie. À court terme, l’IA pénalise même indirectement certaines parties du marché des appareils électroniques, la demande de mémoire à haute bande passante utilisée dans les centres de données évinçant une partie de l’offre de DRAM et de NAND conventionnelles utilisées dans les smartphones et les ordinateurs, ce qui pousse les coûts à la hausse et accroît le risque de perturbations de production.

Semiconducteurs : un supercycle alimenté par l’IA, mais porteur de risques d’instabilité croissants

Selon la fédération professionnelle mondiale du secteur des semiconducteurs (WSTS), les ventes mondiales devraient passer d’environ 800 milliards d’USD en 2025 à 1 500 milliards d’USD en 2026, soit une progression de près de 90 %, avant d’atteindre environ 1 900 milliards d’USD en 2027. Les ventes sont principalement tirées par la hausse des prix dans des segments critiques, notamment les puces mémoire, traduisant un équilibre tendu entre l’offre et la demande et une sophistication des produits avec l’arrivée sur le marché d’un plus grand nombre de puces utilisant les technologies de fabrication les plus avancées. Le cycle actuel est clairement alimenté par la forte demande pour les puces utilisées dans les infrastructures d’IA, en particulier les processeurs graphiques, la mémoire à haute bande passante et les puces logiques avancées. Les segments moins exposés à l’IA restent beaucoup plus faibles, car ils dépendent davantage de la demande de puces à haut volume et à plus bas prix, typiques des marchés finaux comme l’industrie, l’automobile et l’électronique conventionnelle. Symptôme de cette évolution à deux vitesses dans l’industrie, de nombreuses entreprises de semiconducteurs ne sont sorties que récemment de la récession de 2022-2023, tandis que les fournisseurs de mémoire et de puces IA opèrent déjà dans un marché exceptionnellement tendu. Une tendance émergente dans les nœuds matures de fabrication de semiconducteurs est la compétitivité croissante des entreprises basées en Chine.

Ce cycle des semi-conducteurs alimenté par la demande en puces pour l’intelligence artificielle comporte toutefois ses propres vulnérabilités : les hausses de capacités reposent sur des hypothèses de demande future encore incertaines. Tout écart important entre offre et demande, qu’il s’agisse d’un excès d’offre ou de nouveaux goulets d’étranglement, pourrait rapidement déstabiliser les chaînes d’approvisionnement mondiales et l’économie au sens large.

Les risques géopolitiques constituent un autre facteur de plus en plus préoccupant, la rivalité technologique croissante entre les États-Unis et la Chine redéfinissant progressivement les flux commerciaux mondiaux. La mise en place de contrôles à l’exportation, de listes noires et de systèmes d’autorisations a créé de nouveaux goulets d’étranglement dans des domaines critiques comme les puces pour l’intelligence artificielles et les équipements de fabrication de puces, augmentant la probabilité de perturbations des chaînes d’approvisionnement. Parallèlement, les entreprises américaines de semi-conducteurs voient leurs débouchés se réduire, alors que certaines générent jusqu’à la moitié de leurs chiffres d’affaires sur le marché chinois. La pression croissante pour se conformer aux réglementations géopolitiques expose également les petites entreprises à des risques financiers et opérationnels importants. En outre, la divergence des normes et des politiques commerciales entre les États-Unis et la Chine — et même au sein du bloc aligné sur les États-Unis — ajoute de la complexité et des coûts, pouvant entraîner une fragmentation et une réorganisation stratégique parmi les acteurs clés comme Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et l’Europe.

Services et logiciels informatiques : l’IA soutient la demande mais menace le modèle SaaS traditionnel

Le secteur des services et logiciels informatiques comprend les sous-segments du conseil, de la programmation, du traitement de données, des services gérés et du logiciel, générant collectivement un chiffre d’affaires mondial de 2 900 milliards d’USD. Affichant une croissance annuelle moyenne de près de 9 % au cours de la dernière décennie, il tire son dynamisme de l’usage par les entreprises et les administrations des technologies de l’information et de la communication pour améliorer leur efficacité. La croissance devrait rester positive en 2026, à 5,3 %, soutenue par le déploiement de l’IA, du cloud computing, de la cybersécurité et des services liés aux données.

Essentiellement constitué de marchés nationaux ou régionaux comme la plupart des activités de services, le secteur connaît toutefois une internationalisation croissante dans les segments du logiciel, des services gérés, de la programmation et du traitement de données. Au cours de la dernière décennie, les exportations de services IT par l’Inde et les États-Unis ont par exemple plus que doublé et représentent désormais plus de 150 milliards d’USD par an. Après le big data, le cloud computing et la cybersécurité, les entreprises du secteur misent désormais sur le déploiement des technologies d’intelligence artificielle pour accélérer encore leur croissance. L’IA transforme également les opérations mêmes du secteur : assistants de codage, tests automatisés, workflows agentiques, outils de gestion des connaissances et support client alimenté par l’IA permettent d’accroître la productivité, de raccourcir les délais de livraison et de réduire l’intensité en main-d’œuvre de certaines tâches.

Répondre à la croissance de la demande constitue le défi principal des entreprises de ce secteur, où la main-d’œuvre constitue à la fois le premier poste de coût, entre 50 % et 75 % du chiffre d’affaires selon les segments, et la source principale de compétitivité. Ces dernières années, une pénurie de profils qualifiés a pesé sur la capacité des entreprises à répondre à la demande et tiré à la hausse les coûts salariaux. L’IA pourrait en partie atténuer cette contrainte en améliorant la productivité des développeurs et en automatisant des tâches à plus faible valeur ajoutée, mais elle alimente également les craintes d’une « SaaSpocalypse » : le risque que les agents d’IA, les outils low-code et les applications développées en interne réduisent le besoin de certains abonnements logiciels traditionnels. Le secteur doit également composer avec des exigences croissantes des autorités de régulation, notamment en matière de collecte, d’hébergement et de sécurité des données dans le cadre du Règlement général sur la protection des données dans l’Union européenne, ou de contrôle des contenus illicites ou trompeurs dans le cadre du Règlement sur les services numériques. L’essor de l’IA ajoute une couche supplémentaire de complexité, les entreprises devant investir dans de nouvelles compétences, infrastructures, dispositifs de gouvernance et capacités de conformité avant même que la rentabilité de nombreux cas d’usage de l’IA ne soit clairement établie.

Télécommunications : les usages explosent, le chiffre d’affaires stagne

Le secteur des télécommunications génère un chiffre d’affaires annuel mondial de l’ordre de 1 350 milliards d’USD. Les marchés des télécommunications sont nationaux, oligopolistiques et le plus souvent dominés par un ancien monopole d’État. Les groupes internationaux y sont l’exception et ont pour la plupart, faute d’économies d’échelle ou de synergies suffisantes, sensiblement réduit leurs activités en dehors de leurs pays ou régions d’origine ces dernières années. Les services télécoms devraient rester relativement résilients en 2026, avec une croissance attendue de 4,4 %.

Porté par le développement rapide des réseaux fixes et mobiles dans les économies développées de 1995 à 2015, le secteur y est désormais largement mature et sa rentabilité fonction de la taille et du degré de concentration des marchés domestiques. À cet égard, les opérateurs américains bénéficient d’un marché à la fois vaste (330 millions d’habitants) et concentré (Verizon, AT&T et T-Mobile détiennent plus de 90 % du marché) permettant des marges élevées. À l’inverse, les marchés européens restent nationaux et plus fragmentés, et donc comparativement moins rentables, même si l’évolution actuelle de la doctrine européenne en matière d’antitrust et le Digital Networks Act pourraient ouvrir la voie à une plus grande consolidation, tant au niveau national qu’européen.

Dans les pays émergents, le déploiement des télécommunications mobiles continue de soutenir une croissance peu rémunératrice du fait de revenus moyens par utilisateur (average revenue per user, ARPU) comparativement faibles. Le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile et au haut-débit fixe dans le monde devrait croitre de 1% et 3% par an respectivement dans les cinq prochaines années. Après une décennie de croissance quasi-nulle, le chiffre d’affaires du secteur ne devrait progresser qu’à la marge sur la même période.

L’usage des télécommunications, pourtant, continue de croître à un rythme soutenu grâce au déploiement de réseaux fixes (fibre optique) et mobiles (5G) plus rapides et plus étendus. Les volumes de données échangés sur les réseaux mobiles et fixes dans le monde devraient ainsi progresser respectivement de 20% et 12% par an dans les cinq prochaines années. Le défi, pour les opérateurs télécoms, est de monétiser cette amélioration de la qualité du service auprès de consommateurs opportunistes et attentifs aux prix (pays développés) ou aux budgets contraints (pays émergents).

Auteurs et experts