Textile-Habillement

Asie-Pacifique
Risque très élevé
Europe centrale et de l'est
Risque très élevé
Amérique Latine
Risque très élevé
Moyen-orient et Turquie
Risque élevé
Amérique du Nord
Risque très élevé
Europe de l'Ouest
Risque très élevé

Résumé

Points forts

  • Croissance de la classe moyenne dans les pays émergents
  • Formalisation du commerce de détail dans les pays en voie de développement y attire les marques de mode
  • Demande dynamique pour les vêtements de sport et de plein air
  • Essor du textile technique et industriel, notamment lié à la défense
  • Développement d’une industrie textile « verte », y compris chez les acteurs traditionnels

Points faibles

  • Secteur cyclique
  • Prix des fibres textiles très sensibles aux fluctuations des prix du pétrole et aux conditions météorologiques
  • Réglementation ESG de plus en plus stricte, affectant à la fois les fabricants et les détaillants
  • Soumis à des tendances de consommation très changeantes
  • Vente au détail traditionnelle de vêtements concurrencée par le commerce en ligne et le marché de l'occasion
  • Résumé

Evaluation des risques sectoriels

L’industrie mondiale du textile et de l’habillement continue d’évoluer dans un climat morose, marqué par un ralentissement de la demande dans les principaux marchés de consommation. En 2027, une faible reprise pourrait s’entrevoir mais restera dépendante d’une normalisation sur les marchés énergétiques, source de tensions inflationnistes.

Les consommateurs devraient rester attentifs aux prix. Cela profiterait notamment aux plateformes d’ultra-fast fashion ainsi qu’au marché de la seconde main. Avec une capacité limitée à augmenter leurs prix, ces évolutions pourraient peser sur la rentabilité des distributeurs de mode.

Certains segments du secteur devraient mieux résister face à ce contexte de demande encore prudente. Ça sera notamment le cas des textiles et vêtements techniques destinés d’une part aux industriels, notamment des secteurs médicaux et de la défense. Les vêtements de sport et d’activités de plein air devraient également continuer de bénéficier d’une demande dynamique.

Après une augmentation notable en 2026, le prix des fibres textiles pourrait se modérer, tout en restant à un niveau plus élevé qu’avant le conflit au Moyen-Orient. Une hausse des prix des fibres a tendance à pénaliser davantage les fabricants de vêtements.

La chaîne d’approvisionnement de l’habillement est très fragmentée et reste géographiquement concentrée sur la Chine, même si la domination de ce pays s’érode progressivement. Les droits de douane américains introduits en 2025 ont accéléré le déplacement des approvisionnements vers des pays comme le Vietnam, le Bangladesh, l’Inde et le Cambodge.

Perspectives économiques du secteur

Une consommation contenue

A l’image de 2025, la consommation mondiale de vêtements et chaussures est restée modérée au niveau mondial en 2026. La croissance de la demande d’habillement a ralenti dans les trois principaux marchés de consommation – l’Union Européenne (UE), les Etats-Unis et la Chine. Toutefois, les situations ont divergé selon les régions : tandis que la demande est restée relativement résiliente aux États-Unis et atone en Europe, les ventes d’habillement en Chine ont affiché une croissance quasi nulle au cours des huit premiers mois de l’année. Ce ralentissement de la consommation en habillement, un des postes de dépenses les plus susceptibles d’être reportés, s’inscrit dans un contexte marqué par les tensions inflationnistes, alimentées notamment par la hausse des prix de l’énergie, et une hausse des taux d’intérêts. En 2027, le ralentissement de l’inflation devrait soutenir le secteur, bien que le risque d’un maintien de prix énergétiques élevés pourrait continuer à freiner les dépenses des consommateurs en textile et habillement.

Dans ce contexte marqué par l’incertitude et la fragilité de la demande, le comportement des consommateurs soucieux des coûts devrait donc persister, renforçant la tendance à long terme à la baisse des dépenses en vêtements (en pourcentage des ventes au détail des ménages). Cela devrait continuer à stimuler la demande pour les vêtements à bas prix proposés par les acteurs de la fast fashion et les plateformes en ligne de l’ultra-fast fashion. Ce contexte booste également l'intérêt pour les alternatives offrant un bon rapport qualité-prix, telles que les « dupes » (imitations low-cost) et les promotions. En parallèle, il alimente l'expansion du marché de l'occasion, avec le développement de boutiques spécialisées et de plateformes en ligne telles que Vinted. Face à l'essor de ce segment, les marques de mode et les détaillants ont consacré une partie de leurs magasins à la vente d'articles d'occasion. C'est le cas, par exemple, de H&M, qui a créé des corners d'occasion dans certains de ses magasins.

Le commerce de détail de la mode sous pression

Cet environnement ajoute des défis pour les détaillants de mode, qui ont déjà dû s’adapter face à une concurrence accrue en raison de l'essor des ventes en ligne. Cette situation, combinée au rôle croissant d'Internet et des réseaux sociaux, a conduit les boutiques de mode, ainsi que les marques, à miser de plus en plus sur ces outils dans leur stratégie marketing. Le contexte morose de consommation de vêtements rend d'autant plus important pour les acteurs du secteur d'utiliser ces outils.

Ce contexte exerce également une pression sur la rentabilité des magasins de mode et limite leur capacité à augmenter leurs prix. Les détaillants de vêtements ont déjà subi des pressions sur leur rentabilité ces dernières années. La marge d’EBITDA des sociétés cotées en bourse a reculé, passant d'une médiane de 11,5% en 2021-2022 à moins de 10% en 2024-2025. Les marques de mode, qui vendent directement leurs produits dans leurs propres magasins, devraient mieux résister aux contraintes de prix, car elles opèrent généralement avec des marges plus élevées. Leur marge EBITDA médiane s'est établie à 15,9 % à l'échelle mondiale en 2024-2025 (contre 16,5 % en 2021-2022).

Le segment robuste des textiles techniques

Bien que cela puisse sembler paradoxal, l’intérêt des consommateurs pour la fast fashion et l’ultra-fast fashion cohabite avec un intérêt croissant pour une production vestimentaire plus responsable et plus respectueuse de l'environnement. Ainsi, les marques de mode, y compris les géants de la fast fashion, intègrent la durabilité dans leurs stratégies.

Cela continuera de profiter à certains maillons de la chaîne d’approvisionnement. Ce devrait être le cas des fibres recyclées (7,6 % de la production de fibres textiles en 2024). Néanmoins, la part de marché des fibres recyclées a stagné ces dernières années, en grande partie en raison de coûts de production plus élevés. De plus, l'utilisation généralisée de mélanges de fibres dans les textiles pose des défis importants pour le recyclage post-consommation.

Cet attrait pour une production plus responsable pourrait bénéficier également aux fibres artificielles (ou cellulosiques manufacturées). Dérivées de matériaux naturels, principalement le bois, elles bénéficient d’une image plus favorable que les fibres synthétiques. De plus, leur production ne nécessite pas l'utilisation de pesticides, d'insecticides ou de grandes quantités d'eau, contrairement au coton. Cela dit, la prise de conscience environnementale croissante va également alimenter les inquiétudes liées à la déforestation, à laquelle la production de fibres artificielles peut contribuer. La réglementation européenne sur la déforestation, qui interdira l'importation de produits liés à la déforestation à partir du 30 décembre 2026, pourrait donc affecter certains articles fabriqués à partir de fibres artificielles.

Au-delà des enjeux écologiques, les textiles techniques destinés aux industries médicales ou de la défense, ou encore utilisés pour les vêtements spécialisés de sports et d’activités de plein air (20 à 25 % du marché de l'habillement et de la chaussure) devraient continuer de bénéficier d'une demande plus robuste. En revanche, les perspectives pour le segment des textiles d'intérieur, deuxième utilisation des fibres textiles après l'habillement, restera fragile, à l'image du secteur mondial de la construction. Le luxe connait également une conjoncture contrastée. Le ralentissement de la consommation des ménages en Chine pourrait continuer de stimuler la demande pour des produits abordables.

Le prix des fibres textiles face aux aléas du marché pétrolier

Malgré une conjoncture marquée par la fragilité de la demande de produits textiles, les prix des fibres ont fortement augmenté en 2026 sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. Issus de la pétrochimie, cela alimenta les prix des fibres synthétiques et, par ricochet, des fibres naturelles. En août 2026, le coton affichait une hausse de 35% par rapport à février de la même année, tandis que le polyester chinois postait une tendance similaire. A l’image du marché pétrolier, le prix des fibres devrait se modérer en 2027, tout en restant plus élevé qu’avant le début de la crise au Moyen-Orient. La croissance modérée de la consommation des filatures et le niveau élevé des stocks devraient peser sur les prix. Une nouvelle flambée des prix du pétrole entrainée par un évènement géopolitique pourrait néanmoins soutenir une nouvelle hausse des prix.

Un autre risque susceptible de faire grimper les prix des matières premières est lié au climat. La production mondiale de fibres est fortement concentrée dans des pays particulièrement exposés aux aléas climatiques. Selon la Banque mondiale, plus de 75 % de la population de la Chine, qui représente 73 % de la production mondiale de fibres chimiques et 29 % de celle de coton, ainsi que de l’Inde, à l’origine de 21 % de la production mondiale de coton, a été affectée par une catastrophe climatique en 2024. Cette vulnérabilité accroît le risque de perturbations de l’offre et, par conséquent, de tensions sur les prix.

Lorsque les prix des fibres textiles viennent à augmenter, les fabricants de vêtements et chaussures apparaissent comme les maillons les plus fragiles de la chaîne de valeur de l'habillement. En 2021, la forte hausse du prix des fils et des tissus vendus par les fabricants textiles n'avait été que très partiellement répercutée sur les prix de vente des usines de confection. La hausse du prix des fibres pourrait donc peser de nouveau sur les marges des fabricants de vêtements cette année. Cette vulnérabilité est due à l’importance des matières premières (fils, tissu et accessoires) dans leur coût de production, estimée entre 40 et 60%. De plus, leur capacité à répercuter ces hausses de coûts sur leurs clients reste limitée, compte tenu du déséquilibre des rapports de force en faveur des marques de mode et de la fragilité de la demande des consommateurs finaux. Par ailleurs, les fabricants de vêtements disposent souvent d’une marge de manœuvre réduite pour optimiser leurs achats, l’approvisionnement en matières premières étant fréquemment imposé par les donneurs d’ordre.

Il convient de noter que le risque climatique affecte non seulement la production de fibres textiles, mais aussi l'ensemble de la chaîne de valeur de l'habillement (fil, tissu, vêtement), qui est fortement concentrée dans des pays vulnérables aux aléas climatiques tels qu’en plus de la Chine, le Bangladesh et le Vietnam.

Une chaîne d'approvisionnement en cours de reconfiguration

Dernière mise à jour : octobre 2026