En 2026, les exportations minières et les investissements soutiendront l’activité
En 2026, la croissance devrait s’accélérer grâce aux revenus des exportations minières, portés par la renégociation des contrats de concession, la création de coentreprises d’exploitation et la centralisation de la gestion des ressources au sein d’un fond souverain, le « Mineral Wealth Fund ». Les exportations seront mieux valorisées grâce au mécanisme « Safe Harbor », qui fixe un prix plancher et empêche les pratiques de prix permettant aux multinationales de délocaliser leurs profits vers des paradis fiscaux. La production diamantifère de la mine de Tongo (à l’est) progressera graduellement, compensant partiellement la mise à l’arrêt sine die de la mine de Koidu, en mai 2025, après un conflit entre la filiale locale de l’israélienne BSGR et ses employés quant aux conditions de travail en vigueur. Les exportations de fer devraient aussi accélérer en 2026, grâce à l’expansion des capacités des mines de Marampa et Tonkolili (respectivement dans l’ouest et au centre du pays) et l’ouverture de l’usine de traitement de la magnétite adossée à cette dernière. Le développement de l’industrie de transformation du fer accroitra la valeur des exportations et réduira la dépendance du secteur de la construction aux importations. Enfin, le projet aurifère de Baomahun, financé par l’Afreximbank et l’Africa Finance Corportation, pourrait permettre d’accroitre les exportations d’or dès 2026.
L’investissement devrait également soutenir la croissance, notamment dans les infrastructures et en appui de l’exploitation minière, avec, par exemple, la construction du pont entre Lungi et Freetown – longtemps retardée faute de financements et finalement prise en charge par l’entreprise américaine Acrow –, la modernisation des axes routiers, ainsi que l’extension des capacités portuaires, ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité. Ces projets sont financés majoritairement par des partenaires multilatéraux Banque africaine de développement, Banque mondiale, Union européenne et Millenium Challenge Corporation (MCC). Les investissements concerneront aussi le secteur énergétique : une centrale solaire de 50 MW doit être construite à proximité de Freetown, avec le soutien de banques de développement française et britannique, ainsi que du fonds danois Frontier Energy. Sa mise en service est annoncée pour 2026. Parallèlement, l’Union européenne finance l’installation d’une série de petites centrales solaires communautaires, représentant au total 5,2 MW. Ces initiatives demeurent toutefois d’une ampleur bien moindre que le projet hydroélectrique Bumbuna 2 (153 MW), dont la mise en service, initialement prévue en 2026, sera repoussée en raison d’un différend opposant l’entreprise britannique chargée de sa construction, Joule Africa, au gouvernement sierra-léonais.
Le développement des infrastructures, comprenant l’amélioration de la couverture électrique, favorisera la croissance, notamment en facilitant le transit des exportations et les échanges domestiques, mais aussi en favorisant l’activité locale. Par ailleurs, la modération de l’inflation, permise par le développement de l’activité agricole – grâce aux subventions et investissements, mais sujet aux risques climatiques –, la politique monétaire restrictive et le fléchissement du prix des carburants et du riz importés, devrait entrainer une hausse de la consommation privée.
Poursuite ardue de la consolidation budgétaire
La large réduction du déficit public ciblée début 2025 dans le cadre de l’accord avec le FMI a souffert des difficultés à percevoir les recettes de TVA escomptées, le respect de la législation fiscale demeurant lacunaire. Le gouvernement en a pris acte en amendant le budget en juillet 2025, diminuant de deux points de PIB les dépenses d’investissement et parvenant ainsi à réduire effectivement le déficit – dans une moindre mesure qu’espéré. La consolidation des comptes publics devrait se poursuivre en 2026, bien que ces derniers demeurent grevés par le paiement des intérêts de la dette (42% des recettes en 2025), essentiellement domestiques – sans lesquels ils enregistreraient un léger excédent. Outre l’augmentation des revenus tirés des exportations minières, les recettes devraient croitre grâce à l’augmentation du taux de l’impôt sur les sociétés, la hausse de l’accise sur les carburants et des droits de circulation, la suppression des exonérations de TVA sur les produits « haut de gamme », ainsi que la lutte contre l’évasion fiscale des multinationales. Les efforts pour améliorer l’efficacité de l’administration fiscale se poursuivront. Les dépenses augmenteront moins rapidement que les recettes : la hausse des dépenses de fonctionnement se fera en faveur des salaires des fonctionnaires (hausse de 20% à partir de septembre 2026), dont les effectifs s’élargiront dans la santé et l’éducation ; les investissements concerneront l’agriculture et les infrastructures ; les dépenses sociales s’adresseront essentiellement aux ménages les plus pauvres (subventions, construction d’infrastructures dans les communautés pauvres, politique de l’emploi).
Le ratio dette/PIB devrait continuer à décroître lentement, mais il demeurera élevé. La part domestique de la dette – 42% du total, dont 2% d’arriérés – est composée, aux trois quarts, de billets du trésor – dont la maturité est de moins d’un an et le taux d’intérêt réel de 30% – et pour le quart restant de bons du trésor, à maturité plus longue. La dette libellée en devises étrangères est détenue par des créanciers multilatéraux (46% de la dette totale) ou bilatéraux (7%) – notamment le Fonds souverain du Koweït, la Corée du Sud et la Chine –, à titre concessionnel. Le solde (5%) prend la forme de créances commerciales. Le risque de surendettement reste élevé.
En 2026, le déficit courant devrait continuer à se réduire grâce à la hausse des exportations de matières premières, en prix et en volume, plus rapide que celle des importations liées aux projets d’investissement. Ce déficit sera financé par l’excédent des comptes financier et de capital, stimulé par les IDE (en provenance de Chine, des Etats-Unis, d’Allemagne et de Belgique), et, surtout, par les prêts-projets et dons-projets des partenaires multilatéraux (UE, Banque mondiale, Banque africaine de développement, MCC), ainsi que par le programme de Facilité étendue de crédit du FMI (qui s’étendra jusqu’à la fin de janvier 2028). Les réserves de change devraient légèrement s’améliorer, mais resteront tout juste supérieures à un mois d’importations.
Un Etat relativement stable et démocratique pour la région
Depuis la fin de la guerre civile, en 2002, le pays est relativement stable. Le pays revêt, à l’échelle nationale, la forme d’une république multipartite monocamérale, où le président est à la fois chef de l’État et du gouvernement, lequel partage le pouvoir législatif avec la Chambre des représentants ; et, à l’échelle locale, d’une féodalité clanique héréditaire. Le président Julius Maada Bio, en place depuis 2018, a été réélu en 2023, en même temps que son parti – le Parti du peuple de Sierra Leone, social-démocrate et majoritairement soutenu par l’ethnie des Mende – obtenait une majorité confortable (81 sièges sur 135) aux élections législatives. Les résultats ont été contestés par les observateurs internationaux et par l’opposition, le Congrès de tout le peuple (socialiste, majoritairement soutenu par l’ethnie Temne) ayant boycotté les sessions parlementaires en refusant de prêter serment jusqu’en octobre 2023, avant que les partis ne finissent par conclure un accord en juillet 2024 sur les réformes institutionnelles à mener.
Sur le plan international, la Chine demeure la principale partenaire commerciale et la pourvoyeuse d’IDE la plus importante, essentiellement dans le secteur minier, via le groupe Leone Rock Metal, possédant la mine de fer de Tonkolili. Dans le cadre du partenariat stratégique signé en 2016, la Chine offre de l’aide médicale, par exemple à l’occasion des épidémies d’Ebola et de Covid-19 et pour la construction des infrastructures. Les Etats-Unis tentent de contrebalancer cette influence. Malgré la disparition de l’USAID, ils restent un partenaire financier majeur, via le financement du pont de Freetown, ainsi que les subventions pour la construction de centrales solaires et l’électrification – notamment par une aide de 480 millions de dollars de la MCC –, dont les versements dépendent des progrès en matière institutionnelle.
La Sierra Leone est membre de plusieurs organisations régionales, notamment la CEDEAO, qui promeut la coopération et intégration économique, la construction d’infrastructures communes pour le transport et les télécommunications et le maintien de la paix. Depuis la fin de la guerre civile en 2002, le pays entretient de bonnes relations avec ses voisins immédiats, la Guinée et le Libéria, échangeant régulièrement quant à la gestion des fleuves et lacs transfrontaliers, ou pour la sécurité et la stabilité. Ces échanges se déroulent notamment dans le cadre de l’Union du fleuve Mano, associant aussi la Côte d’Ivoire aux discussions.

Chine
Europe
Corée du Sud
Somalia, Somali Republic
Kazakhstan
Inde
Macédoine du Nord
Turquie








