Vers une période pré-électorale marquée par l’attentisme, avant une élection plus incertaine que jamais
En 2026, l’activité a poursuivi son ralentissement. La poursuite de la reprise des exportations aéronautiques n’a que partiellement compensé le ralentissement de l’investissement des entreprises, dans un contexte marqué par l’incertitude (géo)politique. Affectée par le net rebond de l’inflation – principalement énergétique -, la consommation des ménages est restée atone. L’année 2027 sera largement marquée par l’élection présidentielle d’avril et mai, qui sera vraisemblablement suivie de nouvelles élections législatives. La période pré-électorale sera marquée par une incertitude politique et fiscale considérable, tant l’élection est ouverte et les programmes des potentiels vainqueurs diamétralement opposés. Dans ce contexte, l’épargne de précaution restera très élevée, empêchant un rebond significatif de la consommation des ménages. En dépit du reflux de l’inflation, la hausse des salaires en termes réels est cette fois incertaine, dans un marché du travail nettement moins favorable qu’en 2022-2023.
L’incertitude politique et fiscale poussera également les entreprises à faire preuve d’attentisme. D’autant plus que nombre d’entre elles aborderont l’année 2027 dans une situation de trésorerie (très) difficile, après avoir subi la hausse des taux d’intérêt et, surtout, du coût des intrants en 2026. Cet attentisme pourrait affecter les créations d’emplois et l’investissement avant l’élection. Le rebond de la demande des ménages et des entreprises dépendra ensuite largement du résultat des élections et de la dissipation de l’incertitude politique. Les défaillances continueront d’augmenter, après avoir dépassé la barre des 70 000 (sur 12 mois) à fin juin 2026, soit quasiment 50% de plus qu’avant la pandémie. Si l’absence de majorité durable rend peu probable le vote de mesures budgétaires – et in fine une réduction des dépenses – significatives, la dépense publique ne devrait plus être un moteur en 2027. Si le faible dynamisme de la demande domestique devrait limiter les importations, celles-ci pourraient continuer d’être tirées par d’importants flux en provenance de Chine. Du côté des exportations, les industries pharmaceutique, militaire et, surtout, aéronautique poursuivront sur leur tendance positive. A l’inverse, la plupart des autres industries resteront en difficulté, et leurs exportations dépendront notamment de la reprise incertaine de l’économie allemande.
Comptes publics toujours largement dans le rouge
L’absence de majorité solide depuis les élections législatives de 2025 continuera d’empêcher tout assainissement significatif des finances publiques. Comme en 2025 et en 2026, les négociations s’annoncent difficiles et un budget 2027 pourrait être approuvé avec retard une fois l’année déjà entamée. Quoi qu’il en soit, la fragmentation de l’Assemblée nationale ne permettra ni baisses de dépenses significatives ni fortes hausses d’impôts. En l’absence de budget 2027, celui de l’année précédente sera prolongé. Le déficit public restera donc – dans le meilleur des cas - stable autour de 5% du PIB. Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle et des (très) probables élections législatives, le nouveau gouvernement souhaitera vraisemblablement faire voter un budget rectificatif une fois au pouvoir. Pendant ce temps, la charge d’intérêts continuera d’augmenter rapidement dans le sillage des taux de financement – désormais parmi les plus élevés des principales économies de la zone euro. La dette publique continuera d’augmenter rapidement, jusqu’à dépasser 120% du PIB. Sa soutenabilité restera l’un des principaux enjeux de l’économie française, dans un contexte défavorable d’instabilité et d’incertitude politiques, qui pourraient ne pas être totalement dissipées en 2027, malgré les échéances électorales décisives.
Le déficit courant devrait rester modéré en 2027. Les exportations continueront d’être tirées par l’aéronautique, la défense et les produits pharmaceutiques. Les importations dépendront largement de l’évolution des prix du pétrole, qui devraient diminuer mais restent sujets aux événements géopolitiques. L’excédent de la balance des services (1,5% du PIB), est insuffisant pour compenser le déficit de celle des biens (-1,9% du PIB). Le déficit courant est financé par les émissions de dette ou d’actions cotées qu’achètent des non-résidents. Fin mars 2026, ceux-ci détenaient plus de la moitié des titres émis par les administrations publiques (56%), les sociétés non-financières (63%) et les banques françaises (71%).
Election(s) aussi décisive(s) qu’indécise(s) en 2027
Au pouvoir depuis 2017, le Président Macron, du parti de centre-libéral Renaissance, a été réélu pour un second mandat en avril 2022. S’il l’a une nouvelle fois emporté au second tour face à Marine Le Pen, du Rassemblement National (RN, extrême droite), le score a été cette fois plus serré (58,5%-41,5%, contre 66%-34% en 2017). Lors des élections législatives qui ont suivi deux mois plus tard, son parti n’a remporté que 170 sièges sur 577 à l’Assemblée Nationale. Son alliance avec deux autres partis de centre-droit ne lui ayant alors permis de rassembler que 250 sièges au total, le gouvernement a été contraint, faute de majorité, à faire adopter les budgets et les réformes sans vote de l’Assemblée Nationale mais en s’exposant à une possible motion de censure. En juin 2024, suite à la large victoire du RN aux élections européennes, le Président Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale. Les élections législatives qui ont suivi ont débouché sur une Assemblée Nationale plus fragmentée que jamais, divisée en trois blocs loin de la majorité absolue. L’alliance de gauche NFP a rassemblé 192 sièges (dont 72 pour le parti d’extrême-gauche LFI), la coalition centriste Ensemble 164 et le RN 143. Le Président Macron a nommé comme Premier Ministre Michel Barnier (LR, droite), censuré par l’Assemblée Nationale en décembre 2024, puis le centriste François Bayrou, censuré en septembre 2025.
Leur successeur, Sébastien Lecornu (centriste), a rapidement démissionné en octobre 2025, du fait de l’impasse dans les discussions sur le budget 2026. Il a ensuite été renommé à son poste et réussi à faire passer un budget minimaliste en février 2026, après la date butoir. A l’instar de ses prédécesseurs, il est sous la menace constante d’une censure, et un scenario similaire est possible pour le budget 2027.
Cette incertitude politique persistera – au moins - jusqu’à l’élection présidentielle du 18 avril prochain dont l’issue est indécise. A moins d’un an du scrutin, si tous les sondages pointent vers une présence au second tour de Marine Le Pen avec environ 35% des voix, l’identité de l’autre finaliste est incertaine. Plusieurs candidats approchent voire dépassent la barre de 10% : Jean-Luc Mélenchon (LFI), les anciens Premiers ministres de centre-droit Edouard Philippe et Gabriel Attal, voire l’un(e) des candidat(e)s qui sortirait d’une possible primaire allant de la gauche au centre-gauche. L’issue est d’autant plus indécise que de nombreux désistements sont à prévoir parmi les 23 candidatures déjà déclarées à l’été 2026. Si le second tour devrait être extrêmement serré, une victoire du RN ne peut en aucun cas être écartée. Une victoire du RN - ou de LFI - constituerait un séisme inédit dans un contexte de forte exposition de la dette française aux marchés financiers. Quel que soit le résultat de cette élection, le scénario d’une dissolution de l’Assemblée Nationale dans la foulée et la convocation de nouvelles élections législatives semble inévitable. Toutefois, au regard de la fragmentation et de la polarisation du paysage politique, il n’est pas garanti qu’une majorité stable se dégagera lors de ces élections. Aussi le risque d’instabilité politique restera-t-il particulièrement élevé à court terme et, potentiellement, également à moyen terme, après les élections décisives de 2027.

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