Mollesse du tourisme, la croissance s’essouffle
Toujours portée par le tourisme et le commerce, la croissance économique fidjienne progresse à un rythme modéré. Elle connaît un ralentissement en 2026, et devrait légèrement accélérer en 2027. Le tourisme, son moteur principal (un tiers du PIB) a atteint un nouveau record d’arrivées : 986 367 visiteurs en 2025 (contre 894 389 en 2019, avant la Covid). Les recettes touristiques ont progressé de 10,9 % par rapport à 2024. Cependant, ces recettes touristiques et celles des services associés vont vraisemblablement ralentir sous l’effet des contraintes de capacité hôtelière, de la pénurie de main-d’œuvre et de la hausse des coûts du transport aérien. La hausse du prix du pétrole ne touche pas seulement le secteur touristique, mais aussi l’agriculture, l’industrie, le transport, l’électricité et l’alimentation. Finalement, la consommation des ménages va pâtir en dépit de l’augmentation des subventions.
Afin de réduire la dépendance énergétique du pays (80%) et de remédier aux contraintes qui pèsent sur les infrastructures, plusieurs projets d'envergure ont été lancés. L’entreprise Energy Fiji Limited et le Fiji National Provident Fund travaillent au développement des énergies renouvelables et visent à porter l’électricité renouvelable à 90% d’ici 2035 (projet estimé à 2 milliards de dollars). Leur programme, qui comprend deux projets hydroélectriques Qualiwana et Vatutokotoko, permettrait d’accroître la production hydroélectrique nationale de 94 à 167 GWh/an. En outre, le budget 2026-2027 prévoit une large enveloppe pour la construction et l’entretien des routes et des ponts. Le gouvernement a entrepris la construction de quatre grands ponts (Lami/Suvavou, Medraukutu, Sabeto et Viseisei), pour un montant de 200 millions de dollars cofinancé par la Banque mondiale et la BAD dans le cadre du Fiji Critical Bridges Resilience Project. En parallèle une modernisation des infrastructures hydrauliques est en cours puisque, en 2025, la BAD a approuvé 145 millions de dollars pour moderniser le système d'assainissement de Kinoya. Ces investissements soutiennent les perspectives de la construction, dont l'activité devrait se redresser (une accélération de 5,4% est attendue en 2027).
L'inflation devrait accélérer à la suite du renchérissement des prix mondiaux du pétrole lié au conflit avec l’Iran, ainsi qu’à sa répercussion sur les prix intérieurs des carburants, de l’électricité, du transport et de l’alimentation. Malgré la politique budgétaire de soutien, les subventions ne suffiront pas à maintenir la progression de la consommation domestique, qui devrait s’établir à 3% en 2027. La banque centrale arbitre entre soutien à l’activité, maîtrise de l’inflation et maintien de réserves de change adéquates pour le maintien de l’ancrage du dollar local du panier de devises. A cet effet, elle gère les liquidités en circulation.
Un budget expansionniste
En réponse à la crise de la Covid de 2020-2022, qui a durement frappé l’économie fidjienne à travers le tourisme, le gouvernement a introduit des mesures de soutien, creusant ainsi le déficit public. Mais ce dernier s’est rapidement réduit grâce au rebond et à l’augmentation marquée des recettes fiscales (hausse de la TVA, taxe de départ aéroportuaire). Quatre ans plus tard, les Fidji encaissent un nouveau choc : le renchérissement des prix du pétrole. Le déficit s’alourdit du fait de de la baisse de la TVA en août 2025 et des mesures immédiates de soutien. La dette publique continue de s’alourdir, mais sa structure reste favorable. Près des deux tiers de la dette sont détenus par des créanciers domestiques, principalement le Fiji National Provident Fund (FNPF), tandis que la dette extérieure est essentiellement détenue par des créanciers officiels multilatéraux, à des conditions concessionnelles. Deux tiers de la dette sont libellés en monnaie locale et sa maturité moyenne dépasse 11 ans. Le service de la dette, significatif mais soutenable, représente 7,1 % du PIB en 2026, soit 22,7 % des dépenses publiques.
En réponse au choc mondial sur les prix du pétrole et conservant son objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB d’ici 2030, l’Etat déploie une politique budgétaire reposant sur trois volets : austérité opérationnelle, mesures temporaires de soutien aux ménages et aux entreprises, et investissements ciblés dans les infrastructures. D’une part, les Fidji prévoient une coupe de 10% des dépenses fonctionnelles avec un plafond fixé à USD 774 millions, nécessitant une baisse de 20% des salaires des ministres et députés. D’autre part, face à la crise du carburant, le gouvernement a introduit des mesures de soutien dans les secteurs des transports, de l’électricité, de l’aide sociale et du sucre. Il devra certainement poursuivre ces mesures jusqu’aux prochaines élections. Enfin, pour soutenir le secteur privé, les investissements dans les infrastructures augmentent sensiblement (Les dépenses d'investissement devraient augmenter de USD 408 millions en 2025 à USD 462 millions en 2027, soit une hausse cumulée de 13,2 %): routes, ponts, eau et assainissement, lutte contre les inondations, ainsi que des projets structurants dont une station d’épuration.
La forte dépendance des Fidji aux importations de biens, notamment de carburants, d’équipements, de matériaux de construction et de produits alimentaires de base (dont le riz), ainsi que les limites à leur diversification économique, alimentent un déficit commercial chronique. Le choc mondial sur les prix du pétrole, n’améliore pas la balance commerciale, dont le déficit restera élevé (27,7% du PIB en 2026). A l’inverse, la balance des services largement excédentaire (18,4% du PIB) en raison du tourisme, et les transferts de fonds des migrants (8,5%), limitent le déficit courant. Les Fidji continueront de le financer principalement grâce aux IDE (dans le tourisme et l’immobilier connexe) qui représenteraient plus de 5 % du PIB en 2026. Ils seront complétés par de l’aide-projet et du soutien budgétaire de la part de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que d’autres financements concessionnels (Banque mondiale et Banque Asiatique de Développement. Néanmoins, une partie du déficit continuerait d'être couverte par une diminution des réserves de change (environ 4 mois d'importations en 2025).
Stabilité régionale et tensions internes
Bien que les Fidji soient une démocratie parlementaire depuis leur indépendance en 1970, leur histoire politique a été marquée par une forte instabilité, avec quatre coups d’Etat militaires entre 1987 et 2006, sur fond de tensions ethnoreligieuses entre communautés fidjiennes et indiennes. En 2013, la démocratie a été réaffirmée avec l’adoption d’une nouvelle constitution. Bien que conférant à l’armée un pouvoir d’intervention dans les affaires intérieures et concentrant les pouvoirs entre les mains de l’exécutif, elle constituait néanmoins une avancée vers l’instauration d’un véritable État de droit. À la suite des élections législatives de décembre 2022, Sitiveni Rabuka est nommé Premier Ministre, mettant fin aux 16 ans de gouvernement de Frank Bainimarama (par ailleurs chef des forces militaires jusqu’en 2014) et de son parti, le Fiji First Party (FFP). M. Rabuka est à la tête d'une coalition disparate disposant d’une large majorité au Parlement (38 contre 17), grâce à l’intégration d’une partie des députés anciennement FFP jusqu’à sa dissolution en 2024. Les prochaines élections devraient se tenir entre décembre 2026 et février 2027. Les élections municipales de septembre 2026 (premières depuis 2005) donneront une première indication de l’opinion publique, alors que le coût de la vie et les relations interethniques constitueront les principaux enjeux du débat électoral.
Depuis l’élection de Sitiveni Rabuka, les Fidji se sont rapprochées de leurs partenaires occidentaux historiques : les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Le rapprochement avec Washington s’est traduit par un renforcement de la coopération en matière de sécurité maritime et d’interopérabilité militaire. En parallèle, l’accord bilatéral « Vuvale », signé le 6 juillet 2026, entre Canberra et Suva, vise à renforcer la sécurité du Pacifique Sud face à l’expansion chinoise dans la région. Outre les questions de sécurité, les flux de travailleurs dans le Pacifique constituent un piller des relations régionales. Les programmes Pacific Australia Labour Mobility (PALM) et la Recognised Seasonal Employer Scheme (RSE) favorisent la mobilité de la main-d’œuvre et le transfert de fonds vers les Fidji.
Le rapprochement avec l’Occident n’oblige pas les Fidji à rompre avec la Chine. A l’occasion du 50ème anniversaire de leurs relations diplomations, la Chine et les Fidji ont réaffirmé leur partenariat stratégique et leur coopération dans les domaines des infrastructures (modernisation routière de Vanua Levu) et du commerce (la Chine étant le troisième partenaire commercial fidjien).

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